Réintégration postdéploiement : Différentes approches à l’égard des soins médicaux

par le Major Michelle Faucher et le Lieutenant-colonel Ann Peru Knabe

Le jour même où le British Medical Journal faisait état d’un risque accru de problèmes psychologiques pour le personnel militaire après une période prolongée de service en Iraq et en Afghanistan, six médecins ont fait une allocution à l’occasion du congrès d’été 2007 de la CIOR à Riga, en Lettonie, sur les soins médicaux offerts aux réservistes à la suite d’un déploiement.

Les soins médicaux accordés par les divers pays membres de l’OTAN à leurs réservistes peuvent varier en durée et en approche, mais tous ces pays reconnaissent l’importance de l’évaluation et du soutien au moment du retour à la maison.

« Il y a deux sortes de victimes de traumatisme qui reviennent aux États-Unis », affirme le Major-général Robert Kasulke, le directeur adjoint des services de santé de l’armée américaine. « Ceux dont les blessures sont visibles, et ceux qui ne montrent aucun signe de blessure physique. »

Lors de son allocution au symposium de la CIOR sur les soins offerts après un déploiement, le docteur Kasulke a expliqué qu’une fois que l’état des patients s’est stabilisé, on les transporte par avion au centre médical de Landstuhl, en Allemagne, avant de les ramener aux États-Unis. Ceux dont l’état est suffisamment stable sont envoyés directement aux États-Unis. 

« Quand un blessé arrive dans un centre médical régional aux États-Unis, on poursuit les soins médicaux jusqu’à ce qu’on juge le patient prêt pour la réadaptation », dit-il. « Tous nos centres régionaux sont munis d’un équipement ultramoderne. »

Aux États-Unis, les services de réadaptation, parfois informatisés, disposent d’un équipement de pointe et de prothèses de haute technologie.

« Certaines victimes de traumatisme reprennent leur poste, certaines restent dans le service, quelques-unes prennent leur retraite pour motifs médicaux et d’autres se recyclent », ajoute le médecin.

Il est par contre plus difficile de détecter les traumatismes psychologiques, selon le docteur Kasulke.

« Il arrive que le dossier médical d’un militaire indique quelque chose au moment de son retour, et le processus commence dès ce moment-là, mais ce n’est que dans une minorité des cas. »

Il semblerait que bien des soldats refusent d’admettre souffrir de ce genre de problème, car ils ne souhaitent pas prolonger leur séjour à la base une fois qu’ils sont rentrés au pays.

« Nous procédons à une évaluation médicale obligatoire des militaires une trentaine de jours après leur arrivée », explique le médecin. « Il s’agit principalement de questions simples auxquelles il faut répondre par oui ou par non. »

Certaines de ces questions touchent aux problèmes mentaux et d’anxiété. Si un soldat répond oui à l’une de ces questions, un professionnel de la santé effectue un examen.

« Nous avons découvert que bien des problèmes ne sont toujours pas évidents au trentième jour, » déclare le docteur Kasulke.

Il ajoute que les États-Unis cherchent encore à améliorer les soins offerts aux réservistes qui vivent en région éloignée. 

« Ces gens se perdent parfois dans le système et ne reçoivent pas un suivi adéquat parce qu’ils se trouvent en zone rurale », dit-il. « Nous avons donc récemment établi des organismes communautaires de soins de santé à huit endroits différents au pays. Les employés de ces organismes communiquent fréquemment avec les soldats de la région après leur retour au pays. Ils s’assurent que les visites médicales prévues pour les victimes de traumatisme sont respectées et que les soins sont dispensés de façon réaliste. »

L’approche allemande à l’’égard des soins de santé offerts aux militaires est divisée en trois phases : prédéploiement, déploiement et postdéploiement. La première phase est centrée sur l’anticipation du fardeau psychologique, le renforcement de l’équilibre mental et la réduction du stress. Lors de la deuxième phase, on s’occupe principalement de détecter les signes de tension mentale aiguë et d’assurer la gestion du stress à la suite d’un incident critique. Enfin, la troisième phase offre une évaluation du fardeau psychologique, des soins préventifs, des séances de bilan et, au besoin, des examens dans des centres de diagnostic spécialisés. Chacune de ces phases compte trois paliers de soins.

« Le premier palier est celui des soins accordés par les camarades, les aînés et les supérieurs », explique le Colonel Gunter Ruetter, médecin au service médical commun des forces armées allemandes. « Le deuxième palier est celui de l’appui des pasteurs, des prêtres et des travailleurs sociaux (pour les soldats en mission ainsi que pour leur famille au pays), tandis que le troisième palier est celui des soins approfondis offerts par les psychiatres et les psychothérapeutes médicaux et psychologiques. »

 « En Allemagne, nous n’avons pas une très grande expérience [du syndrome de stress post-traumatique], parce que nous n’avons pas participé à des combats très intenses », affirme le docteur Ruetter. « Moins d’un pour cent de nos soldats souffrent de ce syndrome. »

L’approche belge est basée sur le suivi des dossiers médicaux. Selon le Lieutenant-colonel Filip Stragier, médecin, on consulte le dossier d’un militaire avant son départ en mission, et un spécialiste de la santé au travail détermine si le soldat peut être déployé. Le dossier suit le militaire tout au long des opérations auxquelles il participe et revient avec lui au pays. 

« Si une maladie ou un traumatisme survient dans les trois mois qui suivent le déploiement, le réserviste peut demander des soins médicaux gratuits une fois rentré au pays », explique le docteur Stragier. « La majeure partie du temps, il n’y a pas de problème. »

La France a une politique médicale structurée qui permet aux réservistes mobilisés de conserver leur assurance maladie civile.

« Nos réservistes ont les mêmes droits et devoirs que les membres des forces régulières et ils suivent la même procédure », déclare le Major—général  Etienne Tissot. « Nos réservistes sont envoyés en mission sur une base individuelle. L’an dernier, nous en avons envoyé mille. En général, la rotation se fait plus fréquemment, aux 120 jours. C’est une période plus courte que celle du service actif. »

Le général ajoute que la France compte 12 000 réservistes actifs affectés à des opérations à l’étranger dans ses trois services.

Les Danois ont recours à des stratégies éducatives pour le déploiement de leurs réservistes. 

« La première étape du processus de prédéploiement est la distribution de brochures qui expliquent le contexte de la région où aura lieu la mission, qui disent comment maintenir la communication et qui définit ce à quoi les militaires doivent s’attendre une fois sur les lieux », indique le Major-général Jens Frandsen. « Pendant leur participation à la mission, on leur donne des coordonnées pour obtenir des consultations psychologiques; un psychologue est assigné à l’unité, sans être envoyé sur les lieux, pour répondre aux demandes d’aide en la matière. Au minimum, le militaire obtiendra une réponse dans les 24 heures. »

Le général danois ajoute qu’à leur retour de mission, les soldats sont soumis à une entrevue médicale obligatoire.

« Durant les trois mois suivants, ils restent en contact avec l’unité pour discuter de toute question en rapport avec le déploiement. Puis, au sixième mois, nous leur distribuons un questionnaire de suivi. »

Il affirme qu’à la suite de l’étude des réponses au questionnaire, il ne s’avère nécessaire d’offrir du soutien qu’à six ou sept pour cent des membres de la réserve danoise. La thérapie implique tous les membres de la famille du militaire.

« En général, nous avons recours au système de surveillance mutuelle qui fait que les militaires s’occupent les uns des autres et restent en contact avec l’unité. Nous nous assurons aussi de soumettre nos soldats à un examen psychologue militaire formel et de favoriser un climat propice à la discussion des problèmes avec tous les membres de la famille des soldats. Il n’y a pas de délai fixe pour obtenir de l’aide. »

Selon le Brigadier-général Barthold Hals, de la Norvège, les mesures prises par son pays avant et après le déploiement sont très similaires à celles du Danemark. 

« Le système de soins de santé civil prend tous les réservistes en charge », affirmeÅ]tÅ]il. « Nos réservistes restent toujours en contact avec leur unité, ce qui s’est révélé la meilleure façon de réduire les problèmes de stress post-traumatique et de santé mentale. »